« Je n’en peux plus, Maxime et Nina sont vraiment insupportables. […] Ils ne m’écoutent pas, ils désobéissent sans arrêt. Cela me fait peur. Je trouve qu’ils ont de vrais troubles du comportement […] Que vont ils devenir ? Vont-ils devenir des délinquants comme on en voit tant à la télévision ?

Pourtant je fais tout comme il faut, je suis ferme, autoritaire comme on nous le recommande. Je les punis. De temps en temps ils ont droit à une bonne paire de claques pour qu’ils comprennent.

J’ai été élevé ainsi, et je trouve que cela m’a bien réussi. Mais avec mes enfants, cela ne marche pas. Ils ne s’améliorent pas du tout. Je suis inquiet et je voudrais savoir ce que vous en pensez. »

Ces interrogations répétées des parents, Catherine Gueguen les a entendues tellement souvent en consultation de pédiatre qu’elle a décidé d’écrire le livre « Pour une enfance heureuse ».

Les parents qu’elle a reçus pendant 27 ans à l’Institut hospitalier franco-britannique de Levallois Perret étaient profondément inquiets au sujet de leurs enfants, submergés d’informations parfois contradictoires, et ne sachant plus quoi faire.

 

Dans cet article, vous découvrirez :

  • Quel est l’impact des punitions sur la mémoire ?
  • Un enfant peut-il contrôler ses émotions ?
  • Quelle est la relation parent-enfant idéale pour un bon développement du cerveau ?

Les réponses seront issues des dernières découvertes des neurosciences affectives.

Pas le temps de lire cet article maintenant ?

  Pas de problème ! Cliquez sur le bouton ci-dessous pour télécharger l’article « Pour une enfance heureuse : 9 enseignements des neurosciences selon Catherine Gueguen » au format pdf

1. L’enfant est un être en construction, avec un cerveau extrêmement immature

Madame Géhin d’Outhe

Avons-nous vraiment besoin des neurosciences affectives pour affirmer que le cerveau d’un enfant est immature ?

 C’est évident, non ?

En fait, les recherches des 20 dernières années nous apprennent que le cerveau de l’enfant est beaucoup plus fragile, malléable et vulnérable que tout ce qu’on pensait jusqu’à présent, en particulier en comparaison d’un adulte.

 

 

 

Cela explique pourquoi un enfant contrôle très mal ses émotions et ses impulsions pendant les premières années de sa vie (jusqu’à 5-7 ans environ).

 
 

Notre cerveau continue de changer toute notre vie, et de s’adapter aux nouvelles situations, mais on considère qu’il est mature vers 25 ans environ.

 

 

 

 

C’est un peu comme si le cerveau d’un enfant était un bloc de pâte à modeler tout neuf, super souple, prêt à prendre des dizaines de formes sans se fatiguer. En comparaison, le cerveau d’un adulte serait le même bloc de pâte à modeler quelques années plus tard, beaucoup moins malléable, et beaucoup moins sensible à son environnement que l’enfant.

 

 

 

 

 

2. L’expression des émotions est capital pour l’être humain

Madame Géhin d’Outhe

Je ne suis pas convaincue que ce soit si important. 

Les émotions ne durent pas longtemps, donc elles m’apparaissent plutôt futiles et superficielles.

Malgré leur apparente futilité, les émotions nous renseignent sur :
  • ce que nous sommes
  • nos souhaits
  • nos besoins fondamentaux

Donc les émotions ne sont ni bien, ni mal.

Nous ressentons des émotions agréables quand notre vie correspond à ce que nous voulons.

Et les émotions désagréables nous informent que nous ne sommes pas satisfaits de notre vie.

La connexion avec nos émotions est donc fondamentale pour bien vivre et faire des choix qui nous correspondent.

Pour un adulte, les plus grands choix que nous devons faire sont par exemple :

  • choisir son métier
  • choisir son conjoint
  • choisir son lieu de vie

Et si nous étions coupés de nos émotions ?

En 1995, le neurologue Antonio Dasmasio est le premier à décrire le circuit cérébral des émotions dans le livre « L’erreur de Descartes ».

Certains de ses patients n’étaient plus capables d’éprouver des émotions à cause de lésions au cerveau dues à un accident, mais avaient toujours un QI parfaitement normal. La conséquence de ce manque d’émotions soudain chez ces patients était en général dramatique :

  • ils ne s’intéressaient plus à leur métier, et finissait en général par le perdre
  • leur conjoint rompait avec eux, ne sachant plus s’ils étaient aimés
  • et ils n’éprouvaient plus rien pour leur lieu de vie et se retrouvaient parfois à la rue

Ces patients à l’intelligence totalement normale ont donc parfois tout perdu à cause de leurs lésions les rendant incapables de ressentir des émotions.

3. Contrôlons-nous l’apparition de nos émotions ?

Non.

 
 
 
Nos émotions sont créées par des situations ou des contextes particuliers, nous n’avons pas de contrôle sur leur apparition.
 
 
 

Mais les adultes peuvent en général les réguler une fois qu’elles sont apparues.

Ce n’est pas le cas d’un enfant.

L’enfant ne peut pas réguler ses émotions pendant ses premières années

Donc quand un enfant fait des colères et des crises, il ne sait pas faire autrement.

Ses structures et réseaux cérébraux ne sont pas encore suffisamment fonctionnels.

L’enfant petit se contrôle difficilement :
  • il tempête pour obtenir ce qu’il aime
  • il a des peurs incontrôlées
  • il a de véritables angoisses
  • et de très grands chagrins

Madame Géhin d’Outhe

Quand mon enfant pleure, je lui demande d’arrêter de pleurer, d’arrêter sa comédie.

 

Mais ça ne marche pas souvent…

Effectivement.

Quand un enfant pleure, ce n’est pas rien : il y a un problème qu’il faut tenter de comprendre.

Quand une émotion arrive, la meilleure réaction est de l’accueillir, mais surtout pas de la nier.

Les enfants dans leurs premières années n’ont pas la faculté de régulation qu’ont en général les adultes, mais ils sont capables de se déconnecter complètement de leur ressenti.

 L’interrupteur à émotions

On pourrait faire l’analogie avec un bouton qui commande une lumière : l’interrupteur à émotions de l’enfant est on/off, sans intermédiaire entre « jour » et « nuit », alors que celui de l’adulte est capable de réguler l’intensité de la lumière qu’il souhaite utiliser pour examiner et traiter ses émotions.

L’enfant met cet interrupteur à émotions sur off notamment :

  • quand il subit des humiliations verbales ou des maltraitances physiques (fessée, gifle, …), il se déconnecte de ses ressentis pour ne pas soufrir
  • quand il reçoit des interdictions d’exprimer des émotions désagréables car jugées comme négatives. C’est le fameux « Arrêtes de pleurer ! Va faire ta colère ailleurs ! »

Le problème d’un enfant qui aura utilisé trop souvent son interrupteur à émotions négatives est qu’il saura difficilement les gérer à l’âge adulte. En particulier, il aura du mal à faire la différence entre la tristesse, l’anxiété ou la colère, et donc rencontrera les pires difficultés pour parler de ses problèmes et les résoudre.

4. Nous avons trois cerveaux

Notre cerveau est composé de trois entités qui participent toutes au processus décisionnel, chacune apportant sa spécificité :

  • Le cerveau reptilien décide instinctivement.
  • Le cerveau limbique décide émotionnellement
  • Le néocortex pense.

Source : Youbrain

Le cerveau reptilien décide instinctivement

Il est nommé aussi cerveau archaïque, il est le plus rapide et le plus ancien : nous le partageons avec les poissons, les amphibiens et les reptiles depuis 500 millions d’années.
 
 
Il assure les fonctions primaires comme la respiration, le rythme cardiaque ou l’équilibre, et aussi des fonctions secondaires qui se déclenchent face au danger :
  • des comportements instinctifs de survie
  • des réflexes d’attaque ou de fuite

 

Le cerveau limbique décide émotionnellement

Il est apparu plus récemment que le cerveau reptilien : nous le partageons avec les mammifères depuis 150 millions d’années.

Il a un rôle très important dans l’apprentissage et la mémoire.

Il entretient un dialogue permanent avec les autres cerveaux :
  • il régule les instincts primitifs de survie du cerveau archaïque
  • il est tempéré par le néocortex pour que les émotions ne soient pas trop envahissantes
 

Le néocortex pense

Il est apparu chez les primates il y a 2 à 3 millions d’années. Chez les humains, il occupe maintenant 85% du volume cérébral.
Il se charge des raisonnements, de la compréhension et de la logique. Il s’occupe de traiter les données rationnelles et de partager ses conclusions avec les 2 autres cerveaux.
Au final, les interactions entre nos 3 cerveaux sont le fondement de notre processus décisionnel : ils se parlent en permanence, sauf en cas de danger imminent, où le cerveau reptilien court-circuite les 2 autres pour réagir immédiatement.

5. Savoir gérer ses émotions quand elles sont trop intenses est un apprentissage nécessaire

Un adulte qui éprouve de la colère, de la frustration, de la jalousie, se contrôle pour ne pas agresser, ne pas suivre toutes ses pulsions.

Il se contrôle :
  • si la situation n’est pas dramatique,
  • et si le cortex orbito-frontal (juste derrière notre front, dans le néocortex) fonctionne correctement : c’est lui qui nous permet de réguler nos émotions.
Ce cortex oribto-frontal nous permet de nous calmer, et de prendre les bonnes décisions face à nos émotions, sans :
  • agresser l’autre physiquement ou verbalement
  • fuir immédiatement
  • état de sidération

L’adulte est capable de réévaluation, d’analyser la situation et de prendre du recul : il comprend ses émotions sait se dire que ce n’est pas si grave.

Chez l’enfant, cela se passe de manière totalement différente, car son néocortex est totalement immature et vulnérable.

En dessous de 5 ans, le cerveau reptilien et le cerveau émotionnel dominent

Si l’enfant reçoit une sécurité affective, une écoute, alors les circuits de son cortex orbito-frontal (dans le néocortex) se renforcent progressivement.
Une poussée de croissance neuronale, multipliant les circuits, débute vers 5 ans et se poursuit environ jusqu’à 7 ans.

A partir de 7 ans, la partie du néocortex qui régule les impulsions et les émotions commence à mûrir

A partir de 5-7 ans, si l’entourage de l’enfant lui a appris, il commence :
  • à contrôler ses émotions négatives
  • à comprendre leur cause
  • et à savoir les surmonter
 
Bien entendu, le cerveau ne s’arrête pas de mûrir à 7 ans : on estime qu’il est mature vers 25 ans environ.

6. L’adulte est un modèle

Chaque fois que le petit observe comment un plus grand, un adulte, réussit à traverser un conflit émotionnel avec calme et justesse, les circuits du cortex orbito-frontal :
  • répètent et enregistrent la scène
  • et donc se renforcent chez l’enfant
 

L’enfant est capable de répéter les actions des adultes grâce à ses neurones miroirs : observer un comportement, un mouvement, c’est déjà le réaliser dans notre esprit en activant les mêmes zones cérébrales que celles qui réalisent le mouvement.

 
Les neurones miroirs rendent les émotions contagieuses :
  • elles circulent, se propagent à l’entourage
  • nous « attrapons » et vivons les émotions de l’autre.

Les adultes possèdent toujours les mêmes neurones miroirs, mais ils ont perdu cette capacité qu’ont les enfants de tout enregistrer sans effort.

7. La relation parent-enfant idéale est empathique, soutenante et aimante

 

Cette relation a un impact déterminant sur le comportement de l’enfant dans sa vie future : pour caricaturer, on pourrait dire qu’un enfant élevé de manière violente va avoir tendance à reproduire des comportements violents dans sa vie adulte, alors qu’un enfant élevé de manière empathique sera plus naturellement un adulte empathique et peu violent.

 
Cette attitude idéale consiste à :
  • accueillir les émotions de l’enfant avec bienveillance, et donc ne pas les nier
  • consoler l’enfant avec calme et douceur à chaque fois qu’il est victime de stress, de peur ou de chagrin
  • remplir tous les jours le réservoir d’amour de l’enfant avec des gestes et des paroles aimantes
 
Nous détaillerons sur ce blog dans de nombreux articles comment s’approcher au mieux de cette relation idéale malgré toutes les interférences que nous rencontrons dans notre vie.

Madame Géhin d’Outhe

C’est bien joli la théorie, mais je ne vois pas quelles conséquences concrètes pourrait avoir ce comportement empathique dans la vraie vie.

On comprend intuitivement qu’éduquer un enfant de manière bienveillante va l’encourager à reproduire cette approche bienveillante auprès de tout son entourage.

Et les études tendent en effet à prouver qu’une telle éducation forme des adultes plus épanouis, ouverts aux autres et enclins à la solidarité.

Au delà de la relation parent-enfant, la bienveillance est un choix de société

Un exemple extrême de cette solidarité est l’étude de Samuel et Pearl Oliner sur les comportements altruistes. Ces enseignants américains ont analysé le profil de 403 « justes » qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont aidé à sauver des enfants et des familles juives de manière spontanée et totalement désintéressée.

Mais pourquoi ces personnes ordinaires ont sauvé, souvent au péril de leur vie, des gens qu’ils ne connaissaient parfois même pas ?

Il est ressorti de cette étude que tous ces « justes » avaient en commun une éducation respectueuse, sans violence et non répressive : « Des relations familiales faites d’affection et de confiance, un certain type d’éducation non autoritaire et qui leur a transmis les valeurs de l’aide. » (The Altruistic Personality : Rescuers of Jews in Nazi Europe, 1988)

8. La peur a un impact à long terme chez le tout petit

Quand un enfant est soumis à une punition verbale ou physique, le message d’éducation que l’adulte veut faire passer est en général occulté par l’enfant. Celui-ci est focalisé sur la peur due à la punition.

L’amygdale cérébrale (différente de l’amygdale dans la gorge) est parfaitement mature dès la naissance (contrairement au néo-cortex): c’est le centre de la peur.

Elle déclenche la sécrétion des molécules de stress : le cortisol.

Chez le tout petit, cette amygdale est capable de stocker tous les souvenirs de manière inconsciente et durable.

Donc si on a vécu des traumatismes pendant nos premières années, on ne peut pas s’en souvenir, mais ils produisent tout de même des effets néfastes pendant toute la vie.

En résumé, l’enfant est beaucoup plus vulnérable au stress que l’adulte. En cas de stress important, répété et prolongé, le stress peut engendrer :

  • des troubles du comportement
  • parfois des déficits cognitifs

Il est donc préférable d’éviter les histoires qui font peur avant 5 ans (monstres, sorcières méchantes, …), car les petits enfants ne savent pas gérer leur peur.

Par contre, ces histoires sont très profitables aux enfants plus vieux (à partir de 7 ans), pour les entraîner à réguler leurs émotions.

9. La peur est délétère pour la mémoire

L’hippocampe est situé dans le cerveau limbique, et joue un rôle central dans la mémoire et l’inhibition du comportement.

Lorsqu’un enfant a peur, son amygdale déclenche la sécrétion de cortisol.

Cette molécule est secrétée en quantité si le stress se répète et se prolonge, et agresse les neurones de l’hippocampe : le cortisol

  • freine la multiplication des neurones
  • diminue leur nombre
  • et peut les détruire

En 2012, le professeur de psychiatrie Joan Luby a mené une étude sur 92 enfants.

Elle a démontré le lien entre une attitude soutenante dans la petite enfance et une augmentation du volume de l’hippocampe entre 7 et 13 ans. Ce qui veut dire que le maternage pendant les premières années de vie va permettre plus tard à l’enfant d’apprendre et de mémoriser plus facilement.

La même année, Martin Teicher, professeur à Harvard, a démontré que les maltraitances verbales (« tu es nul, tu es insupportable ») et physiques (gifles, fessées) chez l’enfant diminuent le volume de l’hippocampe.

Un environnement aimant renforce la mémoire de l’enfant, tandis que les punitions la diminuent.

En conclusion, les neurosciences affectives ont apporté au cours des 20 dernières années des preuves scientifiques solides pour étayer les postulats de l’éducation positive et bienveillante.

Lorsqu’on console, réconforte un enfant angoissé, par une présence douce, des gestes apaisants, on régule les fonctions vitales de l’organisme perturbées par le stress. La colère et l’angoisse diminuent.

Cela permet un développement harmonieux du cerveau de l’enfant, qui pourra ainsi devenir un adulte épanoui, maître de ses émotions et en pleine possession de ses capacités cognitives et relationnelles.

En tant que parent, cette attitude bienveillante relève du défi permanent.

En effet, nous sommes soumis à des interférences récurrentes qui nous font oublier nos meilleures intentions.

Vous trouverez sur ce blog des pistes de réflexions pour vous aider au quotidien, et nous espérons aussi bénéficier de vos expériences pour grandir tous ensembles.

En attendant, nous vous encourageons à faire l’exercice bonus ci-dessous : « L’impact de mon passé sur l’éducation de mon enfant »

Comment mon passé influence mon comportement ?

Creusez la question en cliquant ci-dessous pour faire l’exercice « L’impact de mon passé sur l’éducation de mon enfant »

Soyons bienveillants, et à bientôt ! Emmanuel

 

Sources :

 

  • Catherine Gueguen :
  • Youbrain : http://youbrain.fr/les3cerveaux/
  • Livre de Lisa Feldman Barrett (PhD) : « How emotions are made » (2017)
  • Livre de Samuel et Pearl Oliner : « The Altruistic Personality : Rescuers of Jews in Nazi Europe » (1988)
  • Livre de Véronique Maciejak : « 1,2,3… Je me mets à l’éducation positive ! » (2017)

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Emmanuel

Emmanuel

Je suis fan de chocolat, de Jean-Jacques Goldman et de ballades en pleine nature.

J’adore aussi câliner ma fille et décortiquer les études scientifiques sur la bienveillance et le bonheur en famille.

Mais je n’ai encore rien trouvé sur comment le chocolat peut nous aider à devenir de meilleurs parents smile … aidez-moi !

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